« Au Pays du Christ »
Depuis 15 ans maintenant, j'essaye de cerner les frontières qui existent entre les émotions esthétiques et les émotions religieuses, qui sont au fondement de toute pratique artistique.
Après des années d’abstraction, c’est au printemps 2010 que j’ai commencé ce travail figuratif.
Le portrait a acquis dans l’art ancien la réputation d'être le genre le plus difficile. De nos jours la photographie a ôté à ce genre son aura. Pourtant le portrait permet encore aujourd'hui de faire tout à la fois parler la peinture pour ce qu’elle est, ou alors de décrire la réalité d’une personne ou d'une situation. Peindre un visage, c’est peindre la vie toute entière.
Je veux peindre des gens attachants. Je ne saurais pas peindre aujourd’hui un visage si univoque et chargé que celui du Christ, pourtant ce visage reflète ma culture biblique. Cet homme parle de ma foi. J’ai voulu donner la parole à une réalité évangélique qui illumine la vie : compassion, charité, patience.
« Au pays du Christ » est un livre qu’écrivit mon aïeul et homonyme en 1893. Cet ouvrage, qui lui ouvrit les portes de la faculté de théologie de Genève, est le récit de son long voyage en Palestine. Ce livre est, on l'imagine volontiers, terriblement daté. Par exemple les autochtones du Proche Orient sont le plus souvent décrits comme d’aimables sauvages, et certains passages douloureux trahissent l'appartenance de mon aïeul à son temps, pour le meilleur et pour le pire. Tout comme moi aujourd'hui. C'est pour cela que « mon » Pays du Christ est sans frontières. Ses seuls ressortissants sont ceux qui choisissent de suivre cette figure lumineuse.
PL, automne 2011
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