(...) dans mes nouvelles réflexions sur mes dernières peintures, j'ai été frappé par un dualisme récurrent. Toutes mes entreprises de décomposition, de théorisation de mon propre travail se développent autour de dualités. Je ne parviens à rendre compte de mes gestes artistiques qu'en me référant aux grandes et multiples dualités irréductibles qui nous constituent. La dualité actuelle entretenue entre la verticalité et l'horizontalité, entre le geste voulu et le hasard, entre les coups de pinceau et les coulures, tout cela m'encourage à voir dans mon travail une unité entre ce que j'ai cherché à exprimer avec ces 4 ans ('94-98) de recherche plastique sur le motif du damier puis ce que le bleu m'a permis de développer depuis l'an 2000, ce travail sur la ligne de l'horizon et qui trouve sa continuité dans ce nouvel acte, le série des BLOW UP 90°. Mieux comprendre cette unité, c'est me donner les moyens de poursuivre. Cette vision dualiste en quête d'unité trouve, je présume, son origine dans la contemplation de la croix.
Si j'ai nommé VERTICALITE le but de ma quête artistique, c'est par foi, par confiance & fidélité. Ca n'a rien à voir avec la peinture et ses enjeux historiques, ce décalage est à mon sens la dimension contemporaine de ma peinture (autrement dit, ce projet de quête, ce choix de recherche plastique me fait appartenir à cette institution que l'on nomme art contemporain)
Je crois que cette dualité qui m'apparaît aujourd'hui centrale dans la manière de créer mes images, m'appelle à considérer l'HORIZONTALITE : peut-elle devenir une seconde colonne vértébrale? Comment envisager le travail autrement que comme une édification verticale? Ou va se situer la radicalité de mon témoignage si je m'égare sur deux chemins à la fois? Pourtant je sais l'horizontalité partout présente dans mon travail. Avec d'abord le tableau, la représentation en-face de moi, une relation parfaitement horizontale. Je la matérialise dans les coulures faites la toile au sol, à plat. L'horizontalité est mon principal outil et une aide précieuse. L'huile s'écoule au gré des variations infimes d'inclinaison de la toile, au sol, à mes pieds. Un tableau qui soudain entretient avec moi une relation verticale. Ce vocabulaire et le choix d'un "but de quête artistique" est une réduction utile mais sans réelle incidence sinon peut-être celle d'éviter l'anecdotique ou de le dépasser. Quand je peins, j'obéis à des souvenirs de ce que je voulais peindre. Je pense peu. J'abandonne le langage des mots pour figurer le mieux possible. Et se produit cette distance entre le vouloir et le pouvoir que décrit Duchamp dans son texte Le processus créatif comme le "coefficient d'art" de l'oeuvre.
La radicalité, le geste artistique radical est une question de générosité. Tout donner, ça signifie pour la peinture tout montrer, tout donner à voir. En cherchant le but d'une recherche plastique, je cherche un mot unique permettant d'être dans ce 'tout' unique. Ajouter à la verticalité, l'horizontalité -donc multiplier les buts!- est pourtant ce que développe cette nouvelle série de peintures BLOW UP 90°.
Mais je n'ai plus besoin de me limiter à un seul mot, je peux les ajouter les uns aux autres, comme ces nouvelles couleurs arrivées dans la série précédente des Paysages-Ressorts. Je crois que j'atteins une forme radicale d'expérience, un peindre radical qui vient dépasser ou remplacer l'utopie d'une peinture radicale... Avec ces nouveaux tableaux, je libère mes formes de toute rigidité formelle que m'imposait cette fixation sur la nécessité d'exprimer in fine la vérticalité.
PL Jan.2008
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