paullaufer.typepad.com > Sablier & arbre. Dessins 2004

Introduction

Dans l’objet du sablier, ce qui m’impressionne le plus c’est que les deux sphères communiquent entre elles. C’est un miracle de l’art de la représentation, une synthèse parfaite. L’écoulement du sable va produire une image qui s’apparente à une vision : des racines créent un sommet. Le sablier décrit le temps au subjonctif, un temps indécis, éventuel parce qu’il peut s’arrêter d’un simple mouvement de main.

Cet écoulement est un pur objet d’admiration qui va au delà de l’émerveillement de Newton pour le phénomène de la pesanteur et de l’attraction. Le sable qui coule figure le temps qui passe. Les lois de l’attraction terrestre sont périphériques à l’objet que représente l’écoulement du sable. Une fois représenté, cet écoulement apparaît figé dans le sablier dessiné et il ne reste rien de ces lois physiques contrairement à l’écoulement du temps que rien n’arrête. En renversant le haut et le bas, on renverse le temps pour le voir passer. Le haut et le bas deviennent des repères caducs il n’y a plus que le sommet, le filet de sable et le cratère qui tentent de suspendre le cours du temps, essence de la vanité.

Les deux sphères du sablier sont dans la nature la terre et le ciel. Un binôme qui renvoie à la nature intérieure du monde et de l’homme, l’ombre et la lumière ou le corps et l’esprit. Alors tout ce qui va permettre à ces deux éléments d’entrer en contact jusqu’à se confondre, tout ce qui va réunir les termes du binôme, tout ce qui s’apparente à un lien entre la terre et le ciel peut subjuguer. Dans la nature ce qui permet à ces deux éléments d’entrer en contact a la forme précise de la Vie. La tectonique des plaques fait naître les montagnes, le ciel se répand et la foudre consume, l’homme s’est levé, l’arbre grandit sous le soleil. Cette sève qui innerve le cœur de la contemplation, ce grand mouvement est le même miracle que celui que j’observe dans l’écoulement anecdotique du sablier.

Comment se peut-il que cette représentation du temps qui passe permette une analogie aussi précise avec la représentation que l’on se fait de la vie ? J’y trouve des signes simples d’harmonie universelle, d’espoir, du sens. Ce sont ces signes que cherche l’art comme des cibles.